À travers son rôle de co-animateur d’une session dans le cadre du Trade + Sustainability Hub 2026 de l’International Institute for Sustainable Development (IISD), le FSC, aux côtés de la Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO), a contribué à faire progresser un dialogue plus nuancé et tourné vers l’avenir sur les liens entre commerce et durabilité. 
Le Trade + Sustainability Hub a réuni plus de 35 organisations partenaires, 90 intervenants et plus de 1 400 participants issus des gouvernements, du secteur privé, de la société civile et des institutions internationales. Les discussions se sont articulées autour d’une question centrale de politique publique : comment les cadres commerciaux peuvent mieux s’aligner sur les impératifs mondiaux de durabilité tout en soutenant un développement économique inclusif.
Repositionner les normes de durabilité dans le commerce mondial
La session conjointe FSC–RSPO a rassemblé des perspectives émanant de l’OMC, d’acteurs africains, du secteur privé et d’organismes de certification afin d’examiner une question ancienne et complexe : les normes volontaires de durabilité favorisent-elles le développement durable ou sont-elles perçues comme des barrières au commerce ?
Ce débat a historiquement façonné les relations entre le Nord et le Sud global. Les normes de durabilité élaborées en Europe et en Amérique du Nord ont souvent été perçues avec prudence par les pays en développement, notamment lorsqu’elles sont considérées comme des mesures non tarifaires susceptibles de limiter leur compétitivité.
Le FSC et la RSPO ont souligné que, si ces préoccupations reflètent des considérations légitimes en matière d’équité et d’accès aux marchés, les normes volontaires de durabilité sont conçues pour offrir des cadres cohérents à l’échelle mondiale, tout en étant adaptés aux contextes locaux.
Les normes du FSC, par exemple, sont élaborées au moyen d’un processus multipartite fondé sur le consensus, puis adaptées au niveau national afin de refléter les réalités écologiques, sociales et économiques locales.
Cette approche permet de garantir que les normes restent inclusives, sensibles au contexte et adaptées aux réalités auxquelles les producteurs sont confrontés. Fait encourageant, un changement de perception semble se dessiner.
Comme l’ont souligné les représentants de l’OMC au cours de la session, la demande en matière de normes volontaires de durabilité est de plus en plus portée à la fois par les économies développées et par celles en développement. Des normes autrefois perçues principalement comme des exigences de conformité sont désormais reconnues comme des outils capables d’améliorer le positionnement sur les marchés et d’ouvrir l’accès à de nouveaux débouchés. L’Afrique est particulièrement bien placée pour tirer parti de cette évolution.
Les éléments présentés lors de la session ont mis en évidence l’avantage comparatif vert potentiel du continent, certaines chaînes de valeur africaines affichant des empreintes carbone nettement inférieures à celles de leurs équivalents mondiaux.
La question stratégique pour les décideurs politiques est donc de savoir comment les systèmes commerciaux et les incitations de marché peuvent mieux reconnaître et valoriser ces avantages.
« Le statu quo n’est plus une option pour les exportateurs africains. En intégrant les normes du FSC et de la RSPO dans l’architecture même des politiques commerciales, le continent peut transformer les défis réglementaires en avantage concurrentiel. »
Daniel Ramos, OMC — Session FSC-RSPO, Trade + Sustainability Hub 2026
Le défi des petits producteurs
Un thème central de la discussion a porté sur la nécessité de veiller à ce que les petits producteurs ne soient pas laissés de côté dans la transition vers un commerce durable. Dans des secteurs comme celui de l’huile de palme, les petits exploitants représentent une part importante de la production en Afrique, mais leur participation aux systèmes de certification demeure limitée.
Des obstacles structurels persistent, notamment l’accès limité à la tenure foncière formelle, la complexité des exigences de conformité et le coût de la certification. Le recours croissant aux données de géolocalisation et aux systèmes de traçabilité accentue encore ces difficultés.
Le FSC et la RSPO ont tous deux pris des mesures pour répondre à ces défis. La RSPO a mis en place des mécanismes de soutien ciblés pour les petits producteurs et développe des outils adaptés pour faciliter la certification.
Le FSC a mis en avant le potentiel des technologies émergentes, notamment le suivi numérique et l’intelligence artificielle, pour simplifier les processus de conformité et réduire les charges administratives. Toutefois, les parties prenantes présentes à la session ont souligné que la technologie, à elle seule, ne suffira pas. Il est nécessaire de mettre en place un partage plus équitable des coûts tout au long de la chaîne de valeur afin que la charge financière et opérationnelle de la certification ne repose pas de manière disproportionnée sur les producteurs.
Pour réaliser pleinement la valeur de la certification, des signaux de marché plus forts sont également nécessaires, notamment des primes de prix plus cohérentes et une demande plus soutenue pour les produits certifiés. Mais la technologie, à elle seule, ne résoudra pas ce qui relève fondamentalement d’une question d’économie politique.
Gerard Busse et Quentin Meunier d’Olam ont fait valoir que cette charge ne peut raisonnablement pas reposer uniquement sur les producteurs. Un modèle durable suppose un partage des coûts sur toute la chaîne de valeur — du producteur au transformateur, du négociant au distributeur — ainsi qu’une redéfinition de la certification comme un investissement dans l’écosystème, plutôt que comme un simple exercice de conformité.
Le Cameroun à la croisée des chemins
Le choix de Yaoundé comme ville hôte a souligné l’importance stratégique du bassin du Congo dans les agendas mondiaux relatifs au climat et à la biodiversité. Le Cameroun, avec ses importantes ressources forestières et l’expansion de ses surfaces forestières certifiées, représente à la fois une opportunité et un cas d’école pour aligner commerce, politique environnementale et gestion durable des forêts.
Les panélistes ont insisté sur le rôle des gouvernements dans la création d’environnements politiques favorables. L’alignement des cadres réglementaires nationaux sur les normes volontaires de durabilité peut réduire les doublons, alléger les coûts de conformité et envoyer des signaux plus clairs aux marchés. L’intégration des VSS dans les stratégies nationales peut également renforcer la gouvernance, améliorer la gestion des ressources et accroître la crédibilité des exportations sur les marchés internationaux.
La discussion a mis en évidence l’importance d’aller au-delà des systèmes parallèles — dans lesquels certification et réglementation fonctionnent indépendamment — pour évoluer vers des approches plus intégrées, maximisant les synergies et l’efficacité
Repenser le débat
La session FSC–RSPO a contribué à recadrer le débat plus large sur les normes de durabilité. Plutôt que de considérer les VSS comme intrinsèquement bénéfiques ou nuisibles, les participants ont souligné l’importance de les comprendre comme des outils dont l’impact dépend de la gouvernance, de l’inclusivité et de la mise en œuvre..
Cette perspective est particulièrement pertinente dans les discussions commerciales multilatérales, où les mesures de durabilité ont souvent été contestées. Une coalition croissante d’acteurs issus du Sud global — y compris des gouvernements, des producteurs et des organisations de la société civile — s’approprie de plus en plus les VSS comme des instruments de création de valeur, de résilience et de différenciation sur les marchés.
L’engagement du FSC à la CM14 reflète une volonté stratégique de positionner la gestion responsable des forêts au cœur de l’agenda commercial mondial. Il souligne le rôle de l’organisation non seulement dans l’élaboration de normes, mais aussi dans la création des conditions favorables à un commerce durable et inclusif.
« L’Afrique dispose des forêts et des ressources, mais elle doit adopter un état d’esprit axé sur les affaires afin de faire en sorte que les normes volontaires de durabilité fonctionnent ensemble au bénéfice du continent. » Gerard Busse, Responsable Régional Du Développement des Marchés, FSC Afrique & Moyen-Orient